MISE À JOUR – Comme indiqué, le gouvernement fédéral et la société énergétique française Engie ont annoncé jeudi la signature d’un protocole d’accord dans une déclaration commune. Celui-ci fixe le cadre de négociations exclusives en vue d’un éventuel rachat de l’ensemble des activités nucléaires d’Engie par l’État belge.
La transaction elle-même est globale. Il couvrirait toutes les activités nucléaires qu’Engie détient et exploite actuellement en Belgique – y compris l’ensemble du parc de centrales électriques comprenant sept réacteurs sur les sites de Doel et Tihange, le personnel concerné, toutes les filiales nucléaires et tous les actifs et passifs. Cela inclut également expressément les obligations à long terme liées au démantèlement et à la mise hors service des installations. Par ailleurs, tous les travaux de déclassement et de démantèlement en cours ont été immédiatement suspendus jusqu’à nouvel ordre.

Dans ce contexte, la Belgique est confrontée à une réorientation fondamentale de sa politique énergétique. Contrairement à ce que cela pourrait paraître à première vue, il ne s’agit pas d’une entrée dans l’énergie nucléaire, mais plutôt d’un retour à une technologie qui a façonné le pays depuis des décennies.
La Belgique utilise l’énergie nucléaire depuis les années 1970 et exploite plusieurs réacteurs, notamment sur les sites de Doel et Tihange. En 2003, cependant, une sortie progressive du nucléaire a été décidée, prévoyant la fermeture de tous les réacteurs. Compte tenu de la hausse des prix de l’énergie, des incertitudes géopolitiques et d’une dépendance croissante à l’égard des importations d’électricité, cette voie a été de plus en plus chancelante ces dernières années.
Le rachat actuellement recherché donnerait à l’État un contrôle direct sur les parties centrales de l’infrastructure énergétique. Cela signifierait que la Belgique franchirait une étape d’une envergure inhabituelle : au lieu de se limiter à une intervention réglementaire, l’État deviendrait lui-même l’exploitant des centrales nucléaires.
Dans le même temps, le Premier ministre Bart De Wever souligne qu’il ne s’agit pas uniquement d’une décision de politique de sécurité. Le rachat est également présenté comme étant économiquement judicieux : selon lui, l’État peut bénéficier à long terme de coûts de production stables et relativement faibles pour l’énergie nucléaire. Le projet est donc explicitement compris comme un investissement susceptible de générer des revenus et de contribuer à la stabilisation des prix de l’énergie. «Un investissement qui rapporte», déclare De Wever.

L’un des principaux moteurs de ce développement est le réalignement stratégique d’Engie. Le groupe mise de plus en plus sur les énergies renouvelables et annonce une sortie progressive du nucléaire. Ces différents intérêts ont ouvert la voie aux négociations en cours.
Dans le même temps, le projet reste associé à des défis importants. En particulier, le financement de la reprise et les questions de responsabilité à long terme – par exemple en relation avec le démantèlement des installations et le stockage final des déchets radioactifs – doivent encore être clarifiés.
Si le projet devait être mis en œuvre, la Belgique connaîtrait un changement de cap remarquable : elle passerait d’une sortie planifiée du nucléaire à une utilisation active et soutenue par l’État de l’énergie nucléaire. Il s’agirait moins d’un nouveau départ que d’un retour conscient – même si les conditions politiques et économiques avaient changé.
Dans l’ensemble, le rachat prévu illustre une évolution plus large en Europe. Face à l’incertitude des marchés énergétiques et aux exigences croissantes en matière de sécurité d’approvisionnement et de protection du climat, de nombreux pays reconsidèrent leurs stratégies antérieures. La Belgique adopte une approche particulièrement ambitieuse en voulant confier directement à l’État le contrôle d’une partie centrale de son approvisionnement énergétique. (créer)
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