Dans quelle mesure un parapluie nucléaire européen est-il réaliste ?

Le chancelier allemand Friedrich Merz a accepté l’offre française de discuter d’un parapluie nucléaire européen. De quoi s’agit-il exactement ?

L’Europe veut devenir plus indépendante des États-Unis – économiquement et surtout militairement. Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, il est devenu plus clair que jamais que les gens ne veulent plus compter sur les États-Unis comme seule puissance protectrice.

Que faut-il faire exactement pour y parvenir ? Un point clé est la défense nucléaire. Nulle part l’Europe n’est aussi dépendante des États-Unis qu’ici.

Le président français Emmanuel Macron a déjà proposé aux partenaires de l’UE des discussions sur la coopération européenne en matière de dissuasion nucléaire en 2020, lors du premier mandat du président américain Donald Trump.

Cependant, cette proposition a rencontré aussi peu de réactions de la part de la chancelière allemande de l’époque, Angela Merkel (CDU), que de la part de son successeur Olaf Scholz (SPD). L’actuel chancelier allemand Friedrich Merz (CDU) a accepté l’offre.

– Comment fonctionne aujourd’hui la dissuasion nucléaire ?

Elle s’appuie actuellement sur les armes nucléaires américaines, dont on estime qu’une centaine d’entre elles sont encore stationnées en Europe, dont certaines sur la base aérienne de Büchel, dans l’Eifel.

En cas d’urgence, les bombes stationnées à Büchel doivent être utilisées par des avions de combat de la Bundeswehr – c’est ce que prévoit le soi-disant partage nucléaire de l’OTAN. Des bombes nucléaires américaines seraient également stockées en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie et en Turquie. Il n’y a aucune information officielle à ce sujet.

Les armes nucléaires des deux seules puissances nucléaires, la France et la Grande-Bretagne, qui ne sont plus membres de l’UE, ne servent actuellement qu’à compléter la dissuasion nucléaire de l’OTAN.

– Quelle est la taille de l’arsenal nucléaire français ?

Selon les estimations de l’institut de recherche sur la paix Sipri, les États-Unis disposent de 1 770 armes nucléaires opérationnelles ; La France en possède plus de 280 et la Grande-Bretagne plus de 120. Plus précisément, la France possède quatre sous-marins nucléaires, à partir desquels des missiles à tête nucléaire peuvent être tirés avec une portée d’environ 10 000 kilomètres.

La France peut également utiliser des armes nucléaires depuis les airs. Ses avions de combat Rafale peuvent abattre les 50 missiles de croisière à tête nucléaire du pays.

Que faudrait-il faire pour un parapluie de protection européen ?
Des investissements énormes seraient probablement nécessaires, les estimations se situent dans la fourchette des milliards à trois chiffres. La manière dont un tel parapluie pourrait être organisé n’est pas claire. En théorie, la France pourrait simplement garantir que ses armes nucléaires seraient également utilisées pour protéger les intérêts européens.

Un stationnement sur le territoire de partenaires de l’UE comme l’Allemagne, la Pologne ou dans les pays baltes serait également envisageable afin de réduire la portée des armes vers la Russie.

Du point de vue français, cependant, ils devraient rester sous strict contrôle français et leurs lieux de stockage devraient être protégés par les forces armées françaises. Le président Macron a clairement indiqué que l’ordre opérationnel devrait rester du chef de l’État français.

Cela risque à son tour de constituer un problème pour les partenaires européens. L’intégration des armes nucléaires britanniques serait également envisageable, même si la Grande-Bretagne n’est pas membre de l’UE.

– Que pense Merz de l’offre de Macron ?

Contrairement à ses prédécesseurs, le leader de la CDU avait déjà accepté d’en discuter pendant la campagne électorale et l’a confirmé lors de sa première visite à Paris en tant que chancelier en mai.

Lorsque le chef du groupe parlementaire de l’Union, Jens Spahn (CDU), a appelé l’Allemagne à jouer un rôle de premier plan dans les discussions de l’été dernier, il a d’abord ralenti.

C’est une tâche « qui ne se pose qu’à très, très long terme car il y a un grand nombre de questions auxquelles il faut répondre ».

Depuis la crise au Groenland, qui a considérablement entamé la confiance entre les Européens et les États-Unis, Merz a traité la question de manière plus agressive. Fin janvier, il a déclaré publiquement pour la première fois qu’il était question d’un parapluie nucléaire européen.

Lors de la conférence de Munich sur la sécurité, il a clairement indiqué qu’il en parlait avec Macron au plus haut niveau.

– La coalition CDU/CSU et SPD est-elle d’accord ?

Seulement la moitié. Le vice-chancelier et leader du SPD Lars Klingbeil soutient les négociations avec la France. « Nous avons dit il y a quelques semaines que si la France nous proposait des pourparlers, alors nous devrions également avoir ces pourparlers entre amis », a-t-il déclaré samedi au DPA à Munich.

Le ministre de la Défense Boris Pistorius, collègue du parti de Klingbeil et membre du gouvernement responsable de la participation allemande à la dissuasion nucléaire, est plus sceptique. À Munich, il a mis en garde contre la duplication des structures et des efforts.

– Pourquoi la discussion est-elle un exercice d’équilibre ?

Parce que cela pourrait agacer les États-Unis et conduire à un retrait des bombes nucléaires américaines selon la devise : alors protégez-vous contre les missiles nucléaires russes !

D’un autre côté, Trump pourrait également décider de retirer les armes nucléaires américaines, indépendamment du débat européen. L’Europe se retrouverait alors sans défense face à la menace nucléaire russe.

– L’Allemagne finira-t-elle par se procurer elle-même des bombes atomiques ?

Cela n’est pas possible dans la situation contractuelle actuelle. L’Allemagne s’est engagée dans deux traités contraignants en vertu du droit international à ne pas posséder ses propres armes nucléaires : dans le traité dit « deux plus quatre » dans le cadre de la réunification allemande et dans le traité dit de non-prolifération nucléaire de 1970.

Ce dernier stipule que seules les puissances nucléaires officielles que sont les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne sont autorisées à posséder des armes nucléaires. (dpa)