Que signifie l’accord du Mercosur pour l’économie et les consommateurs européens ? (Questions et réponses)

La voie vers une immense zone de libre-échange entre l’UE et les États sud-américains du Mercosur, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, est claire plus d’un quart de siècle après le début des négociations. L’accord vise à créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde avec plus de 700 millions d’habitants. Voici les questions et réponses les plus importantes concernant l’accord.

Lors d’une réunion des représentants des 27 pays de l’UE à Bruxelles, un nombre suffisant de participants ont accepté la conclusion de l’accord. La signature devrait avoir lieu au Paraguay la semaine prochaine. Qui en profite et qui est à risque ?

– Qu’espère l’UE obtenir de l’accord de libre-échange ?

En fin de compte, il s’agit d’emplois et de prospérité. Les entreprises européennes devraient disposer de nouvelles opportunités de croissance grâce à un meilleur accès aux marchés des pays du Mercosur. Jusqu’à présent, les importateurs de produits européens devaient parfois payer des droits de douane très élevés, préjudiciables à la compétitivité. Par exemple, pour les voitures, il est de 35 pour cent, pour les machines de 14 à 20 pour cent et pour les produits chimiques jusqu’à 18 pour cent. Les tarifs doivent désormais être progressivement réduits. Au final, environ quatre milliards d’euros d’impôts pourraient être économisés chaque année, a calculé la Commission européenne.

– Qu’est-ce qui rend le Mercosur si intéressant pour l’UE ?

Environ 270 millions de personnes vivent dans les pays du Mercosur que sont le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Ensemble, ils forment la sixième plus grande région économique du monde, avec un produit intérieur brut annuel de 2,7 billions d’euros. En 2024, ils ont importé des marchandises de l’UE pour une valeur d’environ 53 milliards d’euros et, dans le sens inverse, le volume des exportations était d’environ 57 milliards d’euros. Selon les chiffres de l’UE, plus de 750 000 emplois dépendent des exportations de l’UE vers les pays du Mercosur.

– Les consommateurs en bénéficieront-ils également ?

La libéralisation des échanges pourrait réduire les prix des produits importés des pays du Mercosur, par exemple la viande, les fruits, le soja, le café et le sucre. Afin de protéger l’agriculture européenne, les marchés de certains produits agricoles ne devraient pas être complètement ouverts. L’exonération douanière ne s’appliquerait qu’à une certaine quantité livrée.

– Pourquoi les écologistes critiquent-ils l’accord de libre-échange ?

Ils craignent que les nouvelles opportunités de vente de produits agricoles n’alimentent la destruction de l’environnement. L’organisation environnementale Greenpeace a qualifié vendredi l’accord de « désastre pour la forêt amazonienne ». Il a récemment supposé que les taux de déforestation dans la région du Mercosur augmenteraient de cinq pour cent par an au cours des prochaines années en raison de quotas d’importation plus élevés pour la viande bovine. La baisse des droits de douane sur les pesticides et les plastiques pourrait également accroître la pollution plastique en Amérique du Sud et mettre en danger la biodiversité.

– Qu’ont les agriculteurs européens contre l’accord ?

Les agriculteurs européens craignent de ne pas pouvoir rivaliser avec les grands agriculteurs sud-américains. Le Mercosur produit à une échelle beaucoup plus grande, ce qui présente des avantages en termes de coûts. Les agriculteurs européens se plaignent également du fait que des règles plus strictes s’appliquent à eux, par exemple en matière de protection de l’environnement et de sécurité alimentaire, que leurs concurrents sud-américains.

– Comment l’UE réagit-elle aux critiques ?

Elle rejette la plupart des allégations comme étant injustifiées et souligne que les avantages économiques globaux dépassent clairement les inconvénients. En ce qui concerne l’utilisation des pesticides, il est précisé que toutes les importations doivent continuer à respecter les exigences légales de l’Union européenne. Cela signifie que les niveaux maximaux de résidus applicables dans l’UE ne doivent pas être dépassés. En général, seuls les produits conformes à de nombreuses réglementations européennes peuvent être importés dans l’UE. Afin d’atténuer les préoccupations des agriculteurs en matière de moyens de subsistance, un vaste filet de sécurité a également été mis en place. Cela devrait notamment permettre de supprimer les avantages tarifaires en cas de baisses de prix dangereuses.

– Pourquoi cet accord est-il si important pour l’UE ?

Compte tenu de la politique douanière protectionniste du président américain Donald Trump, l’UE souhaite élargir ses relations économiques et ouvrir de nouveaux marchés de vente aux entreprises européennes. Il existe également un risque que les États du Mercosur se tournent encore plus vers la Chine si l’UE ne s’implique pas davantage dans ce domaine. La Chine est déjà le partenaire commercial le plus important pour un certain nombre de pays de la région, comme le Brésil. À terme, l’UE espère également pouvoir donner l’exemple en matière de libre-échange mondial. Idéalement, les négociations sur un accord de libre-échange avec l’Inde devraient aboutir prochainement.

– Quand l’accord entrera-t-il en vigueur ?

Ce n’est pas encore tout à fait clair. Légalement, il pourrait être appliqué à titre provisoire immédiatement après son achèvement, c’est-à-dire avant même un vote en cours au Parlement européen. Mais plus récemment, on s’attendait à ce que la Commission européenne responsable d’Ursula von der Leyen attende le vote. L’approbation du Parlement est considérée comme très probable étant donné les concessions faites au lobby agricole. L’accord devrait être signé dans les prochains jours. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil de l’UE, António Costa, souhaitent se rendre au Paraguay.

– Pourquoi la signature de l’accord a-t-elle été possible malgré le rejet de grands États de l’UE comme la France et la Pologne ?

La Commission européenne responsable des textes juridiques a utilisé une astuce pour y parvenir. L’accord a été conçu de telle manière que la partie commerciale avec les nouvelles réglementations douanières puisse être décidée à la majorité et ne puisse être empêchée par les parlements nationaux. Les États membres individuels n’ont désormais plus qu’un droit de veto sur les accords de dialogue politique et de coopération. (dpa)