Ce retour est d’autant plus remarquable que la Grèce a été plusieurs fois au bord de la faillite lors de la crise de la dette des années 2010. C’est possible grâce à la croissance et aux succès dans la lutte contre l’évasion fiscale : la Grèce est toujours lourdement endettée, mais l’ancien candidat à la faillite fait de grands progrès.
Il y a dix ans, la Grèce était humiliée par d’autres pays de l’UE, notamment par l’Allemagne. Aujourd’hui, la Grèce est en avance sur de nombreux autres pays de l’UE. Alors que la moyenne européenne est de 0,9 pour cent de croissance, la Commission européenne s’attend à ce que la Grèce connaisse une croissance de 2,3 pour cent en 2025, après 2,1 pour cent cette année. L’ambiance ne pourrait guère être meilleure.
Vous souvenez-vous encore des réprimandes du gouvernement grec par le gouvernement allemand Merkel, notamment par son ministre des Finances Wolfgang Schäuble ?
11 février 2015, Belgique, Bruxelles : le ministre des Finances de l’époque Wolfgang Schäuble (CDU, l) et le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis se saluent avant le début d’une réunion. Photo : Olivier Hoslet/EPA/dpa
Les disputes que Schäuble a eues avec son homologue grec de l’époque, Yanis Varoufakis, au plus fort de la crise grecque en 2015, sont légendaires. À cette époque, Schäuble avait même évoqué un Grexit temporaire.
Le budget a été adopté dimanche soir par le Parlement à Athènes. Le ministre des Finances Kostis Hatzidakis s’attendait initialement à un excédent budgétaire de 6,1 milliards d’euros dans son projet de budget. Aujourd’hui, c’est 13,5 milliards. C’est certainement parce que Hatzidakis était économe, estiment les experts financiers grecs. Mais il y a d’autres raisons importantes à cette aubaine.
– Lutte contre la fraude fiscale : D’une part, la lutte acharnée contre l’évasion fiscale porte ses fruits. La digitalisation du fisc a permis, entre autres, de réduire la fraude à la TVA, par exemple via le travail dissimulé. Les pertes qui en ont résulté ont été réduites de moitié à 3,2 milliards d’euros au cours des cinq dernières années. De plus, le gouvernement conservateur continue de privatiser. En 2024, cela devrait rapporter 5,8 milliards d’euros ; l’État à lui seul a récolté 3,3 milliards d’euros grâce à la concession de l’autoroute urbaine d’Athènes.
– Vacanciers et investisseurs : Cela n’est pas uniquement dû à l’essor du tourisme. Le gouvernement a plutôt réussi à regagner la confiance des marchés. Les agences de notation internationales estiment que le pays mérite à nouveau d’être investi. Microsoft, Google et Pfizer se sont installés en Grèce ces dernières années, et des sociétés allemandes telles que Fraport, RWE, Boehringer Ingelheim et Teamviewer sont également actives en Grèce.
30 juin 2015, Grèce, Athènes : un faux billet de dix euros colle au front d’un homme lors d’une manifestation devant le Parlement grec. Photo : Socrate Baltagiannis/dpa
Malgré la bonne évolution, Mitsotakis prévient de garder le ballon à plat. La raison en est la pauvreté relative persistante des Grecs, dont les retraites et les salaires ont été réduits lors de la crise financière du pays de 2010 à 2018.
– Les revenus augmentent : La reprise ne touche que lentement la population, même si le gouvernement a légèrement augmenté à plusieurs reprises les retraites et le salaire minimum. Une augmentation des retraites de 2,4 pour cent est prévue pour l’année à venir et le salaire minimum de 830 euros par mois devrait augmenter progressivement jusqu’à 950 euros d’ici 2027. Et à l’avenir, les salariés et les employeurs devront chacun payer 0,5 point de pourcentage de cotisations sociales en moins. Ces mesures, ainsi que d’autres, visent à aider les gens à se remettre sur pied.
Le chômage devrait tomber à moins de 10 pour cent l’année prochaine – après plus de 40 pour cent au plus fort de la crise. Le pays est également exemplaire en matière de service de sa dette : les prêts aux créanciers internationaux sont en cours de remboursement et Athènes a même remboursé plus tôt que prévu le prêt de crise du Fonds monétaire international (FMI). Le taux d’endettement national devrait tomber à 147 pour cent en 2025, contre 164 pour cent il y a deux ans. (dpa/cré)