L’UE parvient à un accord avec les États du Mercosur – Arimont : « L’accord reste inacceptable pour les agriculteurs locaux »

MISE À JOUR – La Commission européenne a convenu d’une vaste zone de libre-échange avec le groupe sud-américain du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), malgré les inquiétudes persistantes de plusieurs États membres. Les négociations sont désormais conclues. Selon l’eurodéputé de l’Est de la Belgique, l’accord reste totalement inacceptable.

« Cet accord est et reste totalement inacceptable pour les agriculteurs européens », souligne Arimont. « L’agriculture est un secteur extrêmement important d’un point de vue stratégique pour l’Europe et doit être traitée comme tel. Les agriculteurs européens sont déjà soumis à une énorme pression concurrentielle. Une concurrence déloyale supplémentaire provenant de produits de dumping en provenance d’Amérique du Sud qui ne répondent pas aux normes européennes doit être exclue. C’est pourquoi je continue de m’exprimer clairement contre cet accord.»

L’eurodéputé est-belge Pascal Arimont (à droite, CSP-PPE) au Parlement européen. Photo : Parlement européen

L’accord d’aujourd’hui ne signifie pas que le Traité entre en vigueur sous cette forme. Après avoir été traduit dans toutes les langues officielles, le texte sera désormais présenté aux États membres et au Parlement européen, ou aux parlements nationaux et régionaux.

Arimont : « Il sera désormais important d’organiser des majorités ou des minorités de blocage au niveau des Etats membres et dans les parlements afin de corriger le texte. Il n’est pas encore clair si l’accord nécessitera un vote unanime au Conseil ou une majorité qualifiée. Si l’accord est qualifié de « mixte », les parlements nationaux et régionaux devront également ratifier le texte. De tels accords commerciaux sont fondamentalement nécessaires dans le contexte géopolitique actuel, mais le secteur agricole ne doit pas servir de simple monnaie d’échange, comme c’est le cas ici avec le Mercosur.»

Pour approuver l’accord, les chapitres agricoles concernés devraient être entièrement révisés ou exclus, le député européen de l’Est de la Belgique ne s’avoue pas encore vaincu. Il est résolument du côté des agriculteurs pour modifier ce texte ou, à terme, pour l’empêcher.

La Commission européenne conclut un accord commercial avec le Mercosur (Questions et réponses)

Les négociations se sont déroulées sur une période de près d’un quart de siècle. L’accord entre l’UE et les États du Mercosur créerait l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions d’habitants. Il envisage surtout de réduire les tarifs douaniers et ainsi de dynamiser les échanges commerciaux.

– Qu’espère l’UE obtenir de l’accord de libre-échange ?

06.12.2024, Uruguay, Montevideo : le président argentin Javier Milei (lr), le président uruguayen Luis Lacalle Pou, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et le président paraguayen Santiago Pena posent pour une photo pendant le Sommet du Mercosur. Photo : Matilde Campodonico/AP

En fin de compte, il s’agit d’emplois et de prospérité. Les entreprises européennes devraient bénéficier de nouvelles opportunités de croissance grâce à un meilleur accès aux marchés des pays du Mercosur, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Jusqu’à présent, les importateurs de produits européens devaient parfois payer des droits de douane très élevés, préjudiciables à la compétitivité. Par exemple, pour les voitures, il est de 35 pour cent, pour les machines de 14 à 20 pour cent et pour les produits chimiques jusqu’à 18 pour cent. Les tarifs doivent désormais être progressivement réduits. Au final, environ quatre milliards d’euros d’impôts pourraient être économisés chaque année, a calculé la Commission européenne.

– Qu’est-ce qui rend le Mercosur si intéressant pour l’UE ?

Plus de 260 millions de personnes vivent dans les quatre pays du Mercosur. Ensemble, ils forment la cinquième plus grande région économique du monde, avec un produit intérieur brut annuel de 2,2 billions d’euros. L’année dernière, ils ont importé des marchandises de l’UE pour une valeur de 55,7 milliards d’euros, tandis que le volume des exportations dans la direction opposée était de 53,7 milliards d’euros. Selon les informations de l’UE, au total, 60 500 entreprises européennes pourraient en bénéficier.

– Les consommateurs en bénéficieront-ils également ?

La libéralisation des échanges pourrait réduire les prix des produits importés des pays du Mercosur, par exemple la viande, les fruits, le soja, le café et le sucre. Afin de protéger l’agriculture européenne, les marchés de certains produits agricoles ne devraient pas être complètement ouverts. L’exonération douanière ne s’appliquerait qu’à une certaine quantité livrée.

– Pourquoi les écologistes critiquent-ils l’accord de libre-échange ?

06.12.2024, Uruguay, Montevideo : le président argentin Javier Milei (l) rit à côté du président uruguayen Luis Lacalle Pou lors du sommet du Mercosur. Photo : Matilde Campodonico/AP

Ils craignent que les nouvelles opportunités de vente de produits agricoles n’alimentent la destruction de l’environnement, par exemple dans la forêt amazonienne. L’organisation environnementale Greenpeace a qualifié vendredi l’accord de toxique et de terrible pour le climat mondial. Il suppose que les taux de déforestation dans la région du Mercosur augmenteront de cinq pour cent par an au cours des six prochaines années en raison de quotas d’importation plus élevés pour la viande bovine. La baisse des droits de douane sur les pesticides et les plastiques pourrait également accroître la pollution plastique en Amérique du Sud et mettre en danger la biodiversité.

– Qu’ont les agriculteurs européens contre le contrat avec le Mercosur ?

Les agriculteurs européens craignent de ne pas pouvoir rivaliser avec les grands agriculteurs sud-américains. Le Mercosur produit à une échelle beaucoup plus grande, ce qui présente des avantages en termes de coûts. Les agriculteurs européens se plaignent également du fait que des règles plus strictes s’appliquent à eux, par exemple en matière de protection de l’environnement et de sécurité alimentaire, que leurs concurrents sud-américains.

– Comment l’UE réagit-elle aux critiques ?

Elle rejette la plupart des allégations comme étant injustifiées et souligne que les avantages économiques globaux dépassent clairement les inconvénients. Les experts expliquent par exemple que toutes les importations doivent continuer à respecter les exigences légales de l’Union européenne. Cela signifie que les niveaux maximaux de résidus applicables dans l’UE ne doivent pas être dépassés. En général, seuls les produits conformes à de nombreuses réglementations européennes peuvent être importés dans l’UE.

6 décembre 2024, Uruguay, Montevideo : le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva (l) s’entretient avec le président paraguayen Santiago Pena lors du sommet du Mercosur. Photo : Matilde Campodonico/AP

– Pourquoi cet accord est-il si important pour l’UE ?

Le futur président américain Donald Trump a annoncé de nouveaux tarifs douaniers avant son entrée en fonction, alimentant les craintes d’une politique commerciale américaine encore plus protectionniste. L’Union européenne souhaite donc élargir ses relations économiques. Il existe également un risque que les États du Mercosur se tournent encore plus vers la Chine si l’UE ne s’implique pas davantage dans ce domaine. La Chine est déjà le partenaire commercial le plus important pour un certain nombre de pays de la région, comme le Brésil.

– Les États de l’UE comme la France et la Pologne sont contre l’accord en raison des protestations des agriculteurs. Peut-il agir contre leur opposition ?

En fait non. Étant donné que l’accord contient non seulement des accords commerciaux mais également des accords sur le dialogue politique et la coopération, il devrait en fait être soumis à la ratification de tous les États membres. Cependant, la Commission européenne responsable des négociations pourrait tenter de séparer la partie politique de la partie commerciale. La partie commerciale pourrait alors être adoptée à la majorité par le Conseil des États de l’UE et devrait uniquement être soumise pour approbation au Parlement européen et non aux parlements nationaux. Il n’est toutefois pas clair si une telle approche présenterait des risques juridiques.

– Quand l’accord pourrait-il être formellement signé ?

Une fois les négociations terminées, le texte du traité doit désormais être soumis à une révision juridique et traduit dans toutes les langues des États contractants. Une signature ne sera donc probablement pas possible avant le second semestre de l’année prochaine au plus tôt. (dpa/cré)