Ces jours-ci, l’Allemagne regarde vers l’Est, avec une agitation croissante. Un nouveau parlement régional sera élu en Saxe-Anhalt le 6 septembre, suivi deux semaines plus tard par celui de Mecklembourg-Poméranie occidentale. Ce qui ressemble à première vue à deux élections régionales pourrait se transformer en un test de résistance politique pour l’ensemble de la République fédérale.
En Saxe-Anhalt, un scénario qui paraissait presque inimaginable il y a quelques années se dessine : l’AfD est largement en tête des sondages. La dernière enquête d’Infratest Dimap place le parti à 42 pour cent, contre 22 pour cent pour la CDU. L’AfD ne serait plus seulement un parti d’opposition puissant, mais serait sur le point de réaliser une percée politique historique.
Le tremblement de terre proprement dit ne pourrait donc pas nécessairement commencer le soir du scrutin, mais plutôt le lendemain matin. Que se passe-t-il si un parti avec lequel les autres partis établis ne souhaitent pas former une coalition devient de loin la force la plus puissante ? Qui forme alors un gouvernement ? Et combien de temps le pare-feu politique pourra-t-il être maintenu s’il devient mathématiquement de plus en plus difficile de gouverner au-delà de l’AfD ?

Malgré les chiffres élevés des sondages, une majorité absolue pour l’AfD n’est en aucun cas garantie. Cela dépend, entre autres choses, des petits partis qui franchiront l’obstacle des cinq pour cent. Mais même sans majorité absolue, une victoire de l’AfD serait politiquement explosive. La CDU se trouverait alors confrontée à une situation dans laquelle le parti le plus fort ne pourrait pas être un partenaire de coalition. Un gouvernement minoritaire dirigé par la CDU, des modèles majoritaires complexes ou une impasse politique seraient envisageables. C’est précisément là que réside la puissance explosive de cette élection.
L’évolution devient encore plus explosive si l’on considère le Mecklembourg-Poméranie occidentale. Deux semaines seulement après la Saxe-Anhalt, un nouveau parlement régional y sera également élu. Là aussi, l’AfD est en avance dans les enquêtes actuelles. Si elle triomphait d’abord en Saxe-Anhalt, puis devenait la force la plus puissante du Mecklembourg-Poméranie occidentale, elle ne serait guère considérée comme une exception isolée. Cela pourrait être le début d’un nouveau modèle politique. Les succès électoraux individuels créeraient une nouvelle normalité politique qui pourrait modifier définitivement le système des partis en République fédérale.
Il serait trop facile de considérer cette évolution comme un simple problème est-allemand. La montée de l’AfD est l’expression d’un mécontentement politique plus profond qui dépasse depuis longtemps les frontières des États est-allemands. De nombreux électeurs associent le parti à la protestation contre les partis établis, à la frustration face aux développements économiques et sociaux et au sentiment de ne plus être suffisamment entendus par les politiciens.

C’est précisément la raison pour laquelle les élections à l’Est ont une signification qui va bien au-delà de la Saxe-Anhalt et du Mecklembourg-Poméranie occidentale. Ils pourraient montrer à quel point le système de partis allemand est encore résilient si un parti jusqu’ici largement tenu à l’écart du gouvernement par les autres partis devenait la force politique la plus puissante.
La question cruciale n’est plus seulement de savoir quelle sera la force de l’AfD. C’est ce que fait la démocratie allemande avec une AfD toujours plus forte. Un succès électoral spectaculaire aurait lieu dans un premier temps à Magdebourg ou à Schwerin, mais aurait un impact politique dans toute l’Allemagne. Les partis établis devraient expliquer comment ils souhaitent gérer un tel résultat. Et le débat politique sur ce que l’on appelle le pare-feu reviendrait avec une nouvelle force.
C’est précisément pourquoi la soirée électorale en Saxe-Anhalt pourrait être plus qu’une simple soirée électorale nationale. Si l’AfD sort effectivement des élections avec un résultat supérieur à 40 pour cent, ce serait un tremblement de terre politique – et peut-être seulement le début d’une évolution qui occupera l’Allemagne pendant longtemps. (créer)