L’agence de notation Moody’s a abaissé la note de crédit de la Belgique de Aa3 à A1. C’est la première fois en 15 ans que Moody’s décide de procéder ainsi. Les raisons invoquées sont les inquiétudes concernant la croissance économique, la détérioration de la situation fiscale et l’augmentation de la dette nationale.
L’abaissement de la note de crédit de la Belgique par Moody’s de Aa3 à A1 marque en fait un changement notable, car une telle mesure a eu lieu pour la dernière fois il y a une quinzaine d’années. Même si les deux notations se situent toujours dans la fourchette dite de la « classe moyenne supérieure » et que la Belgique est donc considérée comme solvable, la dégradation signale une évaluation accrue du risque de la part de l’agence. Grâce à cette dégradation, l’État pourra à l’avenir emprunter de l’argent à des conditions pires.
Au cœur de cette justification se trouvent plusieurs défis structurels. D’une part, Moody’s souligne une croissance économique relativement faible en Belgique. L’économie belge est fortement dépendante des évolutions extérieures, notamment du commerce européen et mondial. Dans un environnement d’activité économique atone – par exemple en raison de tensions géopolitiques ou d’un affaiblissement de l’industrie dans d’importants pays partenaires – la Belgique a du mal à croître de manière dynamique.

À cela s’ajoute la situation budgétaire tendue. Moody’s constate une détérioration continue des finances publiques, qui se traduit par une augmentation des déficits. Les dépenses publiques – par exemple en matière de prestations sociales, de retraites et de services publics – augmentent depuis des années plus rapidement que les recettes. Sur le plan politique, il est également difficile de mettre en œuvre des réformes de grande envergure car le pays possède des structures fédérales complexes et des coalitions gouvernementales souvent fragiles.
Un facteur particulièrement important est la dette nationale élevée et croissante. Au sein de la zone euro, la Belgique fait déjà partie des pays présentant un niveau d’endettement relativement élevé par rapport au produit intérieur brut. Moody’s s’attend à ce que ce ratio continue d’augmenter dans les années à venir, limitant ainsi la flexibilité financière du gouvernement, notamment en temps de crise ou lorsque les taux d’intérêt augmentent.
Le déclassement ne signifie pas immédiatement une crise, mais il peut avoir des conséquences concrètes. Cela pourrait augmenter les coûts de refinancement pour l’État, dans la mesure où les investisseurs ont tendance à exiger des taux d’intérêt plus élevés avec des notations plus faibles. La décision envoie également un signal politique : la pression en faveur de réformes et la nécessité d’une politique financière plus durable augmentent.

Avant d’éventuelles décisions de notation, le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) avait souligné au Parlement que le gouvernement faisait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter une dégradation. Il a évoqué les réformes qui ont été introduites, par exemple dans les domaines des retraites et du chômage, et a clairement indiqué qu’il faudrait du temps pour qu’elles aient un impact. Mais dans le même temps, il a adopté un ton inhabituellement sérieux : sans efforts supplémentaires, la Belgique risquerait d’être « ciblée par les marchés internationaux » et ce serait « une omission coupable » de ne pas agir maintenant.
Les milieux gouvernementaux ont également déclaré que les réformes précédentes étaient reconnues, mais qu’elles n’étaient en aucun cas suffisantes. Il s’est déclaré « pleinement déterminé » à améliorer considérablement la situation budgétaire et à prendre de nouvelles mesures.
Dans ses dernières déclarations sur la situation budgétaire, le ministre du Budget Vincent Van Peteghem (CD&V) décrit la situation avec une franchise inhabituelle : les finances publiques belges sont « sous pression » et cette pression continuera de s’accentuer dans les années à venir malgré les mesures déjà décidées. Van Peteghem souligne plusieurs problèmes structurels qui sont presque identiques aux arguments de Moody :
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- des coûts croissants en raison du vieillissement de la population,
- dépenses d’intérêt croissantes sur la dette nationale
- des revenus plus faibles que prévu
- un déficit budgétaire qui s’aggrave
Le ministère du Budget s’attend à un déficit d’environ -3,8 pour cent du PIB pour 2026, alors que dans le même temps, des milliards supplémentaires devraient être économisés ou compensés. Sur le plan politique, Van Peteghem en tire une conclusion claire : la Belgique doit « maintenir le cap de la responsabilité budgétaire » et même prendre des mesures structurelles supplémentaires. (créer)