Les incendies de forêt dévastateurs dans les Hautes Fagnes attirent de plus en plus l’attention sur une question qui préoccupe les experts forestiers depuis des années : à quoi devrait ressembler la forêt à l’avenir compte tenu du changement climatique, de la sécheresse croissante et du risque croissant d’incendies de forêt ?
L’appel à une conversion plus rapide des forêts se fait de plus en plus fort. L’objectif est de convertir progressivement les peuplements vulnérables, souvent constitués de conifères similaires, en forêts mixtes plus résilientes. Face aux incendies actuels, le président du Conseil forestier allemand Christian Haase l’a clairement indiqué : nous devons nous éloigner des peuplements de conifères purs et nous concentrer davantage sur les forêts mixtes. Le fait que des régions aux climats traditionnellement plus humides soient désormais également touchées par des incendies extrêmes montre à quel point les conditions générales ont changé.

Les forêts mixtes sont considérées comme plus résilientes car les différentes espèces d’arbres réagissent différemment à la chaleur, à la sécheresse, aux ravageurs et aux maladies. Si une espèce d’arbre décline plus sévèrement en raison de conditions climatiques changeantes, la population ne restera pas nécessairement globalement endommagée. Dans le même temps, les forêts structurellement riches peuvent contribuer à accroître la résilience globale d’une forêt.
Mais la conversion des forêts n’est pas une réponse rapide à un risque aigu d’incendie. Une forêt ne peut pas être fondamentalement transformée en quelques années seulement. Les peuplements vitaux existants ne peuvent pas être simplement abattus à grande échelle pour ensuite planter de nouveaux arbres. Les jeunes plants doivent également être plantés au bon moment et il leur faudra des années, voire des décennies, pour former un peuplement forestier stable. Selon les experts, la rénovation nécessaire prendra encore au moins une décennie.
La conversion des forêts après l’incendie majeur des Hautes Fagnes pourrait être l’occasion de créer de nouvelles structures forestières plus diversifiées dans des emplacements appropriés. Un exemple en est le peuplier faux-tremble (Populus tremula), élu « arbre de l’année » en 2026. En tant qu’espèce d’arbre indigène pionnière, il préfère coloniser les espaces ouverts et peut reprendre pied relativement rapidement après des perturbations majeures telles que des tempêtes, des coupes à blanc ou des incendies.
Le peuplier faux-tremble pourrait donc être particulièrement intéressant dans les zones touchées par les incendies. Il pousse rapidement, nécessite beaucoup de lumière et peut s’adapter à différentes conditions de sol.

Les incendies actuels montrent pourquoi la pression pour agir augmente. L’incendie des Hautes Fagnes s’est étendu en quelques jours à environ 3 000 hectares et s’est propagé jusqu’à la frontière allemande. A Montjoie, une trentaine de personnes ont dû être évacuées par mesure de précaution dimanche soir. La lutte contre l’incendie est rendue encore plus difficile par les vents changeants et les couches de tourbe couvantes sous terre.
Il serait trop myope de considérer la conversion des forêts comme la seule solution aux incendies de forêt. Une meilleure détection précoce, des réserves d’eau d’extinction d’incendie suffisamment accessibles, des chemins forestiers et des routes d’accès pour les services d’urgence ainsi qu’une gestion forestière adaptée sont également essentiels. L’entretien des lisières forestières et des bandes de protection contre l’incendie peut également jouer un rôle important en cas d’urgence.
Le débat sur la forêt du futur est donc plus qu’une réaction aux flammes actuelles. Les incendies montrent clairement à quel point il est devenu urgent de s’adapter au changement climatique. Ce qui est planté aujourd’hui peut déterminer le caractère d’une forêt pendant des décennies. La conversion des forêts est donc une tâche à long terme, mais qui ne peut plus être reportée compte tenu de la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes.
Alors que pompiers, agriculteurs, volontaires et services d’urgence internationaux combattent actuellement les flammes dans les Hautes Fagnes, il y a aussi une tâche à bien plus long terme à accomplir : créer une forêt qui puisse mieux faire face aux conditions des décennies à venir. L’opération à grande échelle actuelle peut éteindre l’incendie. En revanche, rendre la forêt plus résiliente au climat est une tâche générationnelle. (cré/dpa)
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