La presse critique les syndicats : grève de trois jours en novembre « contre-productive » et « trois fois stupide »

A la suite du grand rassemblement national auquel ont participé entre 80 000 et 140 000 personnes, les syndicats ont annoncé mardi une grève de trois jours, du 24 au 26 novembre. L’annonce a été vivement critiquée dans les journaux belges,

Plusieurs journaux ont dénoncé mercredi une action contre-productive, mal ciblée et sans rapport avec les priorités économiques du pays.

« Trois fois stupide », titre sans détour « Het Nieuwsblad » mercredi. Le journal flamand n’est pas le seul à exprimer sa colère face à cette nouvelle mobilisation. Il y a aussi des critiques dans la partie francophone du pays. Cette grève touche en priorité ceux que les syndicats sont censés défendre : les travailleurs précaires, les familles sans voiture, les étudiants sans moyens financiers ou les salariés au temps fractionné.

« Trois jours de grève, c’est trois jours sans transports en commun, sans crèche et avec une administration quasiment paralysée », estime La Libre.

« Les syndicats censés protéger les plus fragiles finissent par les discriminer », fustige « La Libre » et conclut : « Quand on brandit constamment le drapeau de la justice sociale, on oublie parfois qui tient le mât. » Le pays n’a pas besoin d’une lutte de pouvoir, mais plutôt d’un nouveau départ.

Autre argument souvent repris dans la presse : le pays n’a plus le choix. La dette nationale catastrophique rend les économies inévitables.

Le « Gazet van Antwerpen » s’interroge : « Pouvons-nous enfin commencer à faire des économies ? De Standaard rappelle que les travailleurs ne sont pas aussi durement touchés que le prétendent les syndicats. Même si les questions des retraites et des emplois flexibles restent sensibles, des compromis sont nécessaires et la situation budgétaire exige des décisions courageuses. « Il n’y a pas d’autre choix. »

Le journal « L’Écho » met en garde contre une polarisation stérile. Personne ne sortira gagnant de ce blocus : « Ni les syndicats, ni le gouvernement et surtout pas le pays ».

De son côté, « De Standaard » rappelle la véritable tâche des syndicats : « Leur rôle n’est pas de remplir les rues de foules, mais de défendre les intérêts de leurs membres de manière prudente. » Une bonne gestion des finances publiques bénéficierait à tous les Belges, y compris aux syndicalistes eux-mêmes.

« Mais pourquoi les syndicats lancent-ils cette nouvelle grève, malgré les critiques et le risque de perdre le soutien de la population ? s’interroge la RTBF. « Het Nieuwsblad » donne une explication : les syndicats ont perdu une partie de leur influence et tentent de justifier leur rôle par des actions spectaculaires. « Les syndicats vivent dans leur propre monde nostalgique », écrit le journal. « Quand ils prétendent organiser ces actions pour le peuple, les gens n’y croient tout simplement plus. »

Conclusion de Het Nieuwsblad : « Les syndicats sont et restent nécessaires pour corriger les excès de la politique. Mais il est regrettable qu’ils gaspillent autant d’énergie dans une grève dont personne ne profite réellement – sauf peut-être eux-mêmes, dans une vaine tentative de prouver leur utilité. » (créer)