Il y a 30 ans, l’affaire Dutroux a secoué la Belgique comme aucune autre affaire pénale auparavant. Ce qui a été révélé en août 1996 a déclenché une onde de choc sans précédent, entraîné des protestations massives et des réformes en profondeur de la police et du système judiciaire – et continue de préoccuper le pays jusqu’à aujourd’hui.
Il y a 30 ans, la Belgique vivait un été que ceux qui l’ont vécu n’oublieront pas de sitôt. Le 13 août 1996, Marc Dutroux, son épouse d’alors Michelle Martin et son complice Michel Lelièvre sont arrêtés. Ce qui a été appris par la suite a stupéfié toute la Belgique.
Le 15 août, les deux filles Sabine Dardenne et Laetitia Delhez ont été libérées vivantes d’un cachot situé au sous-sol d’une maison Dutroux à Marcinelle près de Charleroi.

Deux jours plus tard, le 17 août, les enquêteurs retrouvaient les corps de deux fillettes de huit ans, Julie Lejeune et Mélissa Russo, dans une maison Dutroux à Sars-la-Buissière. Julie et Mélissa ont disparu le 24 juin 1995 à Grâce-Hollogne près de Liège. Ce n’est que plus d’un an plus tard qu’il fut révélé qu’ils avaient été kidnappés et retenus captifs par Dutroux et ses complices.
Ce qui était particulièrement choquant, c’est que les deux filles étaient encore en vie lorsque Dutroux fut arrêté en décembre 1995 pour un autre crime. Durant son incarcération, il a laissé Julie et Mélissa à leur sort. Michelle Martin, qui connaissait les filles, ne s’en souciait pas. Tous deux sont morts de faim et de soif dans le donjon de la cave. Les corps ont ensuite été enterrés dans le jardin de la maison de Sars-la-Buissière.
Le 22 août 1996, les funérailles de Julie et Mélissa ont eu lieu à Liège avec la grande sympathie de la population. La cérémonie à la basilique Saint-Martin a été retransmise dans tout le pays. Devant l’église, des milliers de personnes ont suivi la célébration sur des écrans vidéo.
Les corps d’An Marchal et d’Eefje Lambrecks ont finalement été retrouvés le 3 septembre. Les deux jeunes femmes disparaissent à Ostende en août 1995. On découvre toute l’ampleur des crimes commis par Dutroux et ses complices.
Le public belge a été frappé par une onde de choc au cours de ces jours, semaines et mois. En octobre 1996, plus de 300 000 personnes sont descendues dans les rues de Bruxelles lors de la « Marche blanche ». Ils ont protesté contre les échecs des enquêtes et de la justice et ont exigé une meilleure protection des enfants.

En conséquence, la police et le système judiciaire ont été fondamentalement réformés. Une commission d’enquête parlementaire s’est penchée sur les graves manquements des enquêteurs et du pouvoir judiciaire. Child Focus, la fondation belge pour les enfants disparus et exploités sexuellement, a également été fondée.
L’affaire occupera la Belgique pendant de nombreuses années. Surtout, une question restait en suspens : Dutroux avait-il réellement agi seul avec quelques complices – ou y avait-il un réseau plus large derrière les crimes ?
– Le « procès du siècle » à Arlon : Huit ans après la découverte des corps, le procès de Marc Dutroux, Michelle Martin, Michel Lelièvre et Michel Nihoul s’ouvre à Arlon le 1er mars 2004.
Il s’agissait d’une situation exceptionnelle pour la petite ville du sud de la Belgique. Arlon est devenue pendant plus de trois mois le centre des médias publics européens. Le procès a été surnommé « le procès du siècle » en Belgique. Des journalistes de nombreux pays européens ont voyagé et les chaînes de télévision ont rendu compte quotidiennement. La presse internationale a suivi les débats avec une attention rarement vue auparavant dans un procès pénal belge.
Le palais de justice est devenu une zone de haute sécurité. Les quatre accusés étaient assis derrière des vitres pare-balles et étaient gardés par des policiers armés. L’accès à la salle d’audience proprement dite était strictement limité. Seuls 16 journalistes étaient autorisés à se trouver dans la salle en même temps ; d’autres représentants des médias ont dû suivre les débats dans une salle spécialement aménagée. Des équipes de télévision, des photographes et des journalistes attendaient chaque jour autour du palais de justice des avocats et des témoins.

Le tout début du procès a montré à quel point le processus était extraordinaire. Lors de la sélection du jury, plusieurs candidats ont dû être démis de leurs fonctions car ils estimaient qu’ils ne pouvaient pas être impartiaux face aux crimes commis. Le procès a finalement débuté avec douze jurés et trois juges professionnels.
L’ampleur du processus était énorme. Le dossier d’enquête comptait environ 440 000 pages. Plus de 300 témoins étaient attendus. Le procès devait durer plus de trois mois.
L’accent était mis sur l’enlèvement, la captivité et le viol de six filles et jeunes femmes : Julie Lejeune, Mélissa Russo, An Marchal, Eefje Lambrecks, Sabine Dardenne et Laetitia Delhez. Il couvrait également les meurtres de Julie, Mélissa, An et Eefje ainsi que le meurtre de l’ancien complice de Dutroux, Bernard Weinstein.
Les déclarations des deux survivantes Sabine Dardenne et Laetitia Delhez ont été particulièrement choquantes. Sabine n’avait que douze ans lorsqu’elle a été kidnappée. Elle a été retenue captive dans le donjon de la cave pendant 79 jours. Dans la salle d’audience, elle a dû à nouveau faire face à son ravisseur. Son témoignage a été l’un des moments les plus émouvants de tout le procès.
Les scènes de crime elles-mêmes sont également devenues partie intégrante du processus. Fin avril 2004, le juge, les jurés et les acteurs du procès se sont rendus à Marcinelle pour visiter la maison et notamment le sous-sol dans lequel les filles étaient retenues captives. Le lieu, devenu un symbole de l’affaire Dutroux les années précédentes, fait immédiatement l’objet d’une audience judiciaire.
– La question du réseau : Mais une deuxième question, au moins aussi importante pour de nombreux Belges, pesait sur tout le processus : Dutroux avait-il agi seul ?

Dutroux lui-même affirmait qu’il n’était pas le cerveau de l’affaire. Il a accusé à plusieurs reprises l’homme d’affaires bruxellois Michel Nihoul d’avoir un réseau plus vaste derrière les enlèvements. Sa défense a également repris cette représentation.
Cette thèse était répandue en Belgique. Après les incidents d’enquête et judiciaires de 1995 et 1996, de nombreuses personnes se méfiaient des institutions étatiques. L’idée selon laquelle Dutroux aurait pu être protégé par des personnes puissantes était profondément ancrée dans la conscience publique.
Avant même le début du procès, selon un sondage, plus des deux tiers des Belges croyaient à l’existence d’un tel réseau. Cependant, l’enquête qui a duré plusieurs années n’a produit aucune preuve susceptible de justifier devant les tribunaux l’existence d’un vaste réseau pédocriminel.
La question est restée controversée pendant le procès. Les déclarations de Dutroux ont fait à plusieurs reprises la une des journaux. Il a tenté de rejeter une partie de la responsabilité sur d’autres et a affirmé, entre autres, que de puissants bailleurs de fonds tiraient les ficelles. Cependant, le tribunal n’avait pas à décider de ce que de nombreuses personnes se disaient depuis des années, mais plutôt de ce qui pouvait être prouvé.
Après plus de trois mois de procès, le jury s’est retiré pour délibérer. Ils ont dû répondre à un total de 243 questions. Après plusieurs jours, le verdict de culpabilité a été rendu le 17 juin 2004. Marc Dutroux a été reconnu coupable de l’enlèvement, de l’emprisonnement et du viol des six filles et jeunes femmes. Il a également été reconnu coupable des meurtres de Julie, Mélissa et An et Eefje, ainsi que du meurtre de Bernard Weinstein.
Cependant, l’idée d’un vaste réseau pédocriminel n’a pas été confirmée par le verdict. Michel Nihoul a été acquitté des accusations les plus graves portées contre lui. Cela signifiait qu’une des questions qui tourmentait la Belgique depuis 1996 restait sans réponse, même après ce procès spectaculaire.

La sentence est finalement prononcée le 22 juin 2004. Marc Dutroux est condamné à la réclusion à perpétuité. Michelle Martin a été condamnée à 30 ans de prison et Michel Lelièvre à 25 ans de prison. Michel Nihoul a été condamné à cinq ans de prison pour d’autres délits. Le procès, qui avait tenu en haleine l’opinion publique belge pendant 15 semaines, était désormais terminé.
Pour les familles des victimes et les deux survivants, le verdict apporte au moins une réponse pénale. Cependant, il n’a pas fourni une explication complète de tous les événements entourant l’affaire.
– 30 ans après : Trois décennies après l’été 1996, l’affaire Dutroux n’a toujours pas disparu de l’opinion publique.
Marc Dutroux reste en prison. Il a tenté à plusieurs reprises d’obtenir une libération anticipée. Ses évaluations psychiatriques et médico-légales n’ont jusqu’à présent pas amélioré ses chances d’y parvenir. Il reste soumis à des conditions de détention particulièrement strictes. Ses contacts avec le monde extérieur ont également été fortement restreints ces dernières années.
Une nouvelle enquête est également ouverte à son encontre depuis 2024. Lors d’une perquisition dans sa cellule à la prison de Nivelles, plusieurs enveloppes contenant des photos ont été retrouvées. Selon le parquet, il existait également des enregistrements dans lesquels des mineurs pouvaient être vus. La recherche initiale portait sur un téléphone portable interdit ; aucun appareil de ce type n’a été trouvé lors de la recherche.
Le parquet a demandé que Dutroux soit traduit devant le tribunal correctionnel en 2025. La défense a demandé un complément d’enquête. Début 2026, les investigations n’étaient pas encore terminées. Dutroux prétend que les photos lui ont été imposées. Le pouvoir judiciaire doit encore clarifier si cette représentation est correcte.

Il y eut un autre développement spectaculaire avec les autres détenus. Michel Lelièvre a été libéré sous condition en 2019 après 23 ans de prison. Michelle Martin, libérée de prison en 2012, n’est désormais plus soumise aux anciennes conditions judiciaires.
Cela signifie que deux des trois condamnés les plus importants sont aujourd’hui à nouveau libres. Dutroux lui-même reste cependant derrière les barreaux.
– Les scènes de crime disparaissent : Certains des lieux qui étaient inextricablement liés à l’affaire pendant des décennies n’existent plus. La tristement célèbre « Maison de l’horreur » à Marcinelle a été démolie en 2022. Dans cette maison, Dutroux avait aménagé le cachot-cave dans lequel Julie, Mélissa, Sabine et Laetitia étaient retenues captives. Un lieu de mémoire a été créé à sa place. Des parties de la cave ont été conservées à la demande des proches. La maison de Sars-la-Buissière dans le jardin de laquelle les corps de Julie et Mélissa ont été retrouvés a également été démolie.
Cela signifie que les scènes visibles de crimes disparaissent peu à peu de la vie quotidienne en Belgique. Cependant, le souvenir d’elle demeure. Cela s’est également manifesté en 2025, lorsque le réalisateur belge Fabrice Du Welz a repris l’affaire avec le long métrage « Le Dossier Maldoror ». L’intrigue est romancée et les noms des personnes impliquées ont été modifiés. Néanmoins, il est indéniable que le film parle de l’enquête autour de Dutroux et, en particulier, du traumatisme de l’époque.
Trente ans après l’été 1996, les auteurs de ces crimes ont été reconnus coupables, deux des principaux condamnés ont été libérés et les scènes de crimes notoires ont en grande partie disparu. La police et la justice ont été fondamentalement réformées après l’affaire. Avec Child Focus, une institution a été créée qui continue aujourd’hui de soutenir les enfants disparus et exploités sexuellement.
La Belgique a changé depuis l’été 1996. Les lois ont été modifiées, la police et le système judiciaire ont été réformés et des institutions ont été créées. Et le souvenir de Julie, Mélissa, An, Eefje, Sabine et Laetitia demeure – même après 30 ans. (créer)